En écho au billet d'hier, cette phrase d'Irvin Yalom, le psychothérapeute, qui prolonge exactement celle de Cyrulnik : "le lieu de la guérison, c'est la relation". Voilà deux hommes qui ont passé leur vie penchés sur l'âme humaine, qui pointent ...
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Le blog de François Maurin"Le blog de François Maurin" - 5 new articles

  1. Créer des liens...
  2. Savoir ce qu'est le bonheur...
  3. Une trace dans l'infini...
  4. Le temps qu'il nous reste...
  5. "More human than human"
  6. More Recent Articles

Créer des liens...

En écho au billet d'hier, cette phrase d'Irvin Yalom, le psychothérapeute, qui prolonge exactement celle de Cyrulnik : "le lieu de la guérison, c'est la relation".

Voilà deux hommes qui ont passé leur vie penchés sur l'âme humaine, qui pointent le même endroit. Le bonheur s'y loge, dit l'un. La guérison aussi, dit l'autre. La relation n'est donc pas un agrément de l'existence, une douceur en plus : elle en est le terrain même. La relation est une nécessité, pas une option.

Voici ce que cela change : si la relation est à ce point vitale, alors la comprendre et la travailler n'est plus un luxe. C'est prendre soin de l'essentiel. Or, et c'est toute mon affaire (mon combat ?), la maîtrise relationnelle n'est pas un don tombé du ciel, réservé à une élite. Elle s'apprend, se développe, se renforce. C'est comme un muscle ou un instrument sur lequel faire ses gammes.

Le bonheur et la guérison logent dans le lien. 

Autant apprendre à le tisser.





   
   

Savoir ce qu'est le bonheur...

J’écoute Boris Cyrulnik dans une interview radiophonique. Il dit : le bonheur, c’est la relation et le sens. 

Rien d’autre, pas la performance, pas la réussite, pas l’argent, pas la possession.


La relation et le sens.


Depuis, je reviens souvent à cette phrase dans mes moments de doute, quand je ne sais plus très bien ce qu’il faudrait faire pour avancer, quand il est compliqué d’être humain…


Quelle relation est-ce que je nourris ? Le sens que je donne à ma vie ?


Le brouillard se lève un peu.


Avec qui ? Pour quoi ?


Le reste suit.



Invité de 8h20 — Le Grand Entretien, sur France Inter, le jeudi 16 avril 2026.

   
   

Une trace dans l'infini...

Hier, je comptais les années. Vingt-sept de sommeil, onze de travail, une sur les toilettes, et au bout du compte, quinze ans à peine qui nous appartiennent vraiment. J'avais laissé la question ouverte : où planter son drapeau dans ce petit territoire ?

Il y a une autre façon de regarder le problème, et elle ne parle plus de durée. Elle parle de ce qui reste, mais pas pour nous, après nous.

L'anthropologue Ernest Becker, prix Pulitzer en 1974 pour Le Déni de la mort, partait d'un constat sans concession : l'homme est le seul animal qui sait qu'il va mourir, et ce savoir lui est insupportable. Pour le tenir à distance, dit-il, chacun se lance, souvent inconsciemment, dans ce qu'il appelait un projet d'immortalité. Écrire un livre, fonder une famille, bâtir une œuvre, transmettre un métier. Créer ou rejoindre quelque chose dont on pressent qu'il nous survivra. Non par vanité, mais par besoin que notre passage sur Terre ait pesé quelque chose, que la mort ne réduise pas tout à zéro.

Le tableau d'hier peut alors se lire autrement. Les quinze années « qu'il nous reste » ne se mesurent plus seulement à ce qu'on en ressent sur l'instant, mais à ce qu'elles laissent derrière nous. Une heure passée à apprendre quelque chose à quelqu'un n'occupe pas plus de temps qu'une heure passée sur TikTok, mais elle ne pèse pas le même poids une fois qu'on n'est plus là pour la vivre.

Nous voici, justement, à un moment singulier de notre histoire. Nous vivons à l'ère où la machine produit de la trace à l'infini : des textes, des images, des mélodies, par millions, sans fatigue et sans fin. Becker pensait que nos projets d'immortalité nous distinguaient des bêtes. Il faut désormais ajouter : ils nous distinguent aussi de la machine. Plus la production automatique devient abondante, plus l'empreinte d'une présence réelle : une voix qui a vraiment vécu ce qu'elle nous raconte, une transmission qui passe d'un être à un autre, tout cela redevient rare, et donc précieux.

C'est peut-être la vraie réponse à la course contre le temps. On ne la gagne pas en grattant quelques mois sur le sommeil ou nos trajets professionnels. On ne la gagne pas non plus en rêvant d'éternité, Becker, comme les Anciens, savait qu'une vie infinie se viderait de son sens. On la gagne en logeant, dans ces quinze ans, quelque chose qui nous dépasse. 

Pour que le peu de temps qui est nôtre continue de travailler quand nous ne serons plus là pour le compter. 

N'est-ce pas là aussi ce pourquoi ce blog est là sous vos yeux ?

   
   

Le temps qu'il nous reste...

Vous pensiez avoir le temps. Une vie, c'est tout de même quelque chose. Puis viennent les chiffres, qui nous ramènent à une réalité un peu triste, un peu déconcertante. La vie n'est pas courte. Mais elle n'est pas longue non plus.

Sur vos quatre-vingts ans, à peine quinze vous appartiennent vraiment. Le reste est déjà pris, réparti, réservé avant même d'avoir été vécu.

Vingt-sept ans passés à dormir. Onze ans à travailler. Six ans à cuisiner et à manger, cinq ans coincé dans les transports ou dans le trafic, quatre ans à faire des courses et à vous débattre avec la paperasse, trois ans dans votre salle de bains et pour les autres tâches ménagères. Ajoutez-y trois ans de petite enfance dont vous ne vous souvenez pas, trois années d'école, un an alité par la maladie, et un an, oui, un an, assis sur vos toilettes.

Faites le compte. Ce qui reste tient dans une décennie et demie. Quinze ans de vie pleinement à vous : pour aimer, créer, regarder le ciel, ne rien faire qui serve à quelque chose.

La leçon n'est pas de courir plus vite pour gratter quelques mois sur le sommeil ou le trafic. Ce serait passer à côté. La leçon, c'est que ces quinze années ne se trouvent pas dans une colonne séparée du tableau. Elles sont cachées dans les autres. Un repas peut être du temps perdu ou le meilleur moment de la journée. Un trajet, une corvée ou une parenthèse. La qualité de présence que vous mettez dans les vingt-sept ans transforme ce décompte.

Le temps qui vous appartient n'est pas celui qui reste. C'est celui qui vous voit vivant et présent.

   
   

"More human than human"

« Plus humain que les humains. » Dans le film culte "Blade Runner", c'était le slogan de la Tyrell Corporation pour vendre ses androïdes. Une promesse industrielle : fabriquer des êtres plus humains que les humains eux-mêmes.

Quarante ans plus tard, la phrase a changé de camp. Elle ne décrit plus ce que la machine doit devenir. Elle décrit ce que nous, humains, devons aspirer à être.

Face à une intelligence artificielle qui surpassera bientôt l'humain sur presque tous les terrains techniques, notre seule stratégie individuelle tient en une ligne : devenir des experts en humanité. Maîtriser de façon souveraine ce qui restera, par construction, hors d'atteinte de l'IA.

Négocier un désaccord. Convaincre une salle. Embarquer une équipe. Tenir une scène quand tout vacille. Faire rire un comité exécutif. Inspirer confiance en trente secondes, dans le corps, dans la voix, dans le regard. Tout cela est humain, et le restera pour toujours.

Plus votre expertise en humanité sera puissante, plus votre valeur sera intacte dans les années qui viennent. Le reste sera absorbé.

La question n'est donc plus « comment je m'adapte à l'IA ? ». Elle est : « qu'est-ce que je travaille aujourd'hui qui me rendra humainement irremplaçable demain ? »

"Captiver & Convaincre". "Crever l'écran". "Winning Hearts and Minds".

Ces compétences ne sont plus des soft skills. Ce sont, désormais, les hard skills du siècle.

C'est par là qu'il faut commencer.


 


   
   

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