Hier, je comptais les années. Vingt-sept de sommeil, onze de travail, une sur les toilettes, et au bout du compte, quinze ans à peine qui nous appartiennent vraiment. J'avais laissé la question ouverte : où planter son drapeau dans ce petit ...
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Le blog de François Maurin"Le blog de François Maurin" - 5 new articles

  1. Une trace dans l'infini...
  2. Le temps qu'il nous reste...
  3. "More human than human"
  4. Devenez Maestro du PowerPoint
  5. Toujours plus de morts par PowerPoint
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Une trace dans l'infini...

Hier, je comptais les années. Vingt-sept de sommeil, onze de travail, une sur les toilettes, et au bout du compte, quinze ans à peine qui nous appartiennent vraiment. J'avais laissé la question ouverte : où planter son drapeau dans ce petit territoire ?

Il y a une autre façon de regarder le problème, et elle ne parle plus de durée. Elle parle de ce qui reste, mais pas pour nous, après nous.

L'anthropologue Ernest Becker, prix Pulitzer en 1974 pour Le Déni de la mort, partait d'un constat sans concession : l'homme est le seul animal qui sait qu'il va mourir, et ce savoir lui est insupportable. Pour le tenir à distance, dit-il, chacun se lance, souvent inconsciemment, dans ce qu'il appelait un projet d'immortalité. Écrire un livre, fonder une famille, bâtir une œuvre, transmettre un métier. Créer ou rejoindre quelque chose dont on pressent qu'il nous survivra. Non par vanité, mais par besoin que notre passage sur Terre ait pesé quelque chose, que la mort ne réduise pas tout à zéro.

Le tableau d'hier peut alors se lire autrement. Les quinze années « qu'il nous reste » ne se mesurent plus seulement à ce qu'on en ressent sur l'instant, mais à ce qu'elles laissent derrière nous. Une heure passée à apprendre quelque chose à quelqu'un n'occupe pas plus de temps qu'une heure passée sur TikTok, mais elle ne pèse pas le même poids une fois qu'on n'est plus là pour la vivre.

Nous voici, justement, à un moment singulier de notre histoire. Nous vivons à l'ère où la machine produit de la trace à l'infini : des textes, des images, des mélodies, par millions, sans fatigue et sans fin. Becker pensait que nos projets d'immortalité nous distinguaient des bêtes. Il faut désormais ajouter : ils nous distinguent aussi de la machine. Plus la production automatique devient abondante, plus l'empreinte d'une présence réelle : une voix qui a vraiment vécu ce qu'elle nous raconte, une transmission qui passe d'un être à un autre, tout cela redevient rare, et donc précieux.

C'est peut-être la vraie réponse à la course contre le temps. On ne la gagne pas en grattant quelques mois sur le sommeil ou nos trajets professionnels. On ne la gagne pas non plus en rêvant d'éternité, Becker, comme les Anciens, savait qu'une vie infinie se viderait de son sens. On la gagne en logeant, dans ces quinze ans, quelque chose qui nous dépasse. 

Pour que le peu de temps qui est nôtre continue de travailler quand nous ne serons plus là pour le compter. 

N'est-ce pas là aussi ce pourquoi ce blog est là sous vos yeux ?

   
   

Le temps qu'il nous reste...

Vous pensiez avoir le temps. Une vie, c'est tout de même quelque chose. Puis viennent les chiffres, qui nous ramènent à une réalité un peu triste, un peu déconcertante. La vie n'est pas courte. Mais elle n'est pas longue non plus.

Sur vos quatre-vingts ans, à peine quinze vous appartiennent vraiment. Le reste est déjà pris, réparti, réservé avant même d'avoir été vécu.

Vingt-sept ans passés à dormir. Onze ans à travailler. Six ans à cuisiner et à manger, cinq ans coincé dans les transports ou dans le trafic, quatre ans à faire des courses et à vous débattre avec la paperasse, trois ans dans votre salle de bains et pour les autres tâches ménagères. Ajoutez-y trois ans de petite enfance dont vous ne vous souvenez pas, trois années d'école, un an alité par la maladie, et un an, oui, un an, assis sur vos toilettes.

Faites le compte. Ce qui reste tient dans une décennie et demie. Quinze ans de vie pleinement à vous : pour aimer, créer, regarder le ciel, ne rien faire qui serve à quelque chose.

La leçon n'est pas de courir plus vite pour gratter quelques mois sur le sommeil ou le trafic. Ce serait passer à côté. La leçon, c'est que ces quinze années ne se trouvent pas dans une colonne séparée du tableau. Elles sont cachées dans les autres. Un repas peut être du temps perdu ou le meilleur moment de la journée. Un trajet, une corvée ou une parenthèse. La qualité de présence que vous mettez dans les vingt-sept ans transforme ce décompte.

Le temps qui vous appartient n'est pas celui qui reste. C'est celui qui vous voit vivant et présent.

   
   

"More human than human"

« Plus humain que les humains. » Dans le film culte "Blade Runner", c'était le slogan de la Tyrell Corporation pour vendre ses androïdes. Une promesse industrielle : fabriquer des êtres plus humains que les humains eux-mêmes.

Quarante ans plus tard, la phrase a changé de camp. Elle ne décrit plus ce que la machine doit devenir. Elle décrit ce que nous, humains, devons aspirer à être.

Face à une intelligence artificielle qui surpassera bientôt l'humain sur presque tous les terrains techniques, notre seule stratégie individuelle tient en une ligne : devenir des experts en humanité. Maîtriser de façon souveraine ce qui restera, par construction, hors d'atteinte de l'IA.

Négocier un désaccord. Convaincre une salle. Embarquer une équipe. Tenir une scène quand tout vacille. Faire rire un comité exécutif. Inspirer confiance en trente secondes, dans le corps, dans la voix, dans le regard. Tout cela est humain, et le restera pour toujours.

Plus votre expertise en humanité sera puissante, plus votre valeur sera intacte dans les années qui viennent. Le reste sera absorbé.

La question n'est donc plus « comment je m'adapte à l'IA ? ». Elle est : « qu'est-ce que je travaille aujourd'hui qui me rendra humainement irremplaçable demain ? »

"Captiver & Convaincre". "Crever l'écran". "Winning Hearts and Minds".

Ces compétences ne sont plus des soft skills. Ce sont, désormais, les hard skills du siècle.

C'est par là qu'il faut commencer.


 


   
   

Devenez Maestro du PowerPoint



La bonne réponse à la question posée par le post d'hier tient en une phrase que Robert Gaskins, l'inventeur de PowerPoint, avait pitchée à Bill Gates en 1987 avec deux mots précis, modestes, presque désarmants : il avait conçu PowerPoint pour produire des aides visuelles

Les mots comptent parce qu'ils disent exactement ce que personne ne fait. Une aide, par définition, est subordonnée. Elle est au service de quelqu'un, votre auditoire, à qui vous vous adressez. 

Vos slides devraient être là pour ceux qui vous écoutent. Et pour eux seulement.

Une aide n'occupe pas la scène, elle l'éclaire. Voilà pourquoi quatre-vingt-quinze pour cent de ce qui se projette aujourd'hui dans les salles de réunion du monde n'est pas une aide visuelle : c'est un concurrent. Un concurrent que vous avez vous-même installé derrière vous et qui crée une distraction mortelle pour l'intérêt que votre auditoire vous portait jusque-là !

Mort par PowerPoint, donc, et la mort, ici, n'est pas une métaphore, c'est devenu un protocole.

Trois critères, et trois seulement, distinguent une vraie aide visuelle de tout ce qui est projeté de nos jours. 

Le premier : elle montre ce que la parole ne peut pas dire. Un graphique de tendance, une photographie, un schéma, une carte, un visage, un avant-après. Tout ce qui appartient au régime du visible et qui, traduit en mots, perdrait son évidence ou exigerait trois minutes d'explication poussive là où l'œil comprend en une seconde. Le test est imparable : si ce que vous projetez peut être dit à l'oral, ce n'est pas une aide visuelle, c'est un prompteur. Pire, un prompteur affiché en grand derrière vous, lu par tout le monde plus vite que vous ne le prononcez. Qui transforme votre prise de parole en lecture à voix haute d'un document que l'auditoire aurait pu lire seul, en silence, en deux fois moins de temps.

Le deuxième critère : elle se lit instantanément. Deux secondes, trois maximum, puis l'œil revient à vous. L'attention humaine est un budget fini, et chaque seconde passée à déchiffrer votre slide est une seconde qui ne vous écoute pas. D'où la règle, d'une simplicité enfantine et pourtant jamais respectée : un seul message par diapositive, exprimé visuellement, et non sept bullet points qui sont en réalité sept diapositives mal déguisées en une seule. 

Le troisième critère, le plus oublié, le plus puissant : elle disparaît quand elle a fini d'aider. L'écran noir, la touche B, la diapo noire entre deux moments visuels, ce sont des outils essentiels que presque personne n'utilise, parce que personne n'a appris qu'une image qui reste affichée continue de capter le regard, même quand l'orateur est passé à autre chose. Une aide visuelle bien conçue apparaît au moment précis où elle aide, et s'efface au moment précis où elle cesse d'aider pour commencer à parasiter. 

Alors la prochaine fois que vous ouvrez PowerPoint, posez-vous la seule question qui compte : ce que je m'apprête à projeter aide-t-il ceux qui écoutent à mieux comprendre ce qui est dit, ou le remplace-t-il ? Si c'est la seconde réponse, fermez le logiciel. 

Vous savez désormais ce que personne autour de vous ne sait. À vous d'en faire quelque chose demain matin ! 

Tout le monde me dit ne plus supporter tous ces tunnels de slides soporifiques, mais ce sont exactement les mêmes que je vois le lendemain s'y engouffrer ! Que le changement commence par vous.


PS : Ces trois critères sont issus de la deuxième partie de « Captiver et Convaincre ». Si le sujet vous intéresse pour vos équipes, je suis joignable en MP.

   
   

Toujours plus de morts par PowerPoint




Il y a quelque chose de touchant à observer, dans une salle de réunion, un cadre supérieur diplômé d'une grande école, salaire à six chiffres, lancer son fichier .pptx avec la même assurance qu'un pilote de ligne enclenche son pilote automatique. « Business as usual». Il fait ce que tout le monde fait. 

C'est exactement le problème. 

Demandez autour de vous à quoi sert PowerPoint. Vraiment, faites le test à la machine à café, au prochain dîner, dans l'ascenseur. La réponse arrivera, unanime, désarmante de candeur : « à faire des présentations ».

Voilà. 

Quarante ans d'existence de ce logiciel, des milliards de slides projetées sur la planète, des trillions de bullet points alignés, tous au cordeau, et le consensus mondial tient en quatre mots. 

Quatre mots qui sont tous faux. 

Une présentation, ce n'est pas un fichier. Ce n'est pas une succession de diapositives. Ce n'est pas un PPT qu'on lit à voix haute en tournant le dos à son public. 

Une présentation, c'est un être humain qui parle à d'autres êtres humains. 

Vous êtes la présentation.

Le drame n'est pas culturel, il est mimétique. On utilise PowerPoint comme les autres l'utilisent, c'est-à-dire mal, parce qu'on n'a jamais vu personne l'utiliser autrement. Comme tout le monde fait pareil, personne ne s'aperçoit que tout le monde se trompe. Le résultat, on le connaît : des slides surchargées que l'orateur lit de dos pendant que l'auditoire les lit de face, plus vite que lui, ce qui produit ce moment exquis où quinze personnes ont fini la diapo 8, pendant que le malheureux en est encore à introduire le sous-titre. 

Alors revenons à l'origine du désastre. À quel usage Robert Gaskins, l'ingénieur qui a inventé PowerPoint dans une petite boîte appelée Forethought, destinait-il son logiciel quand il l'a vendu à Bill Gates en 1987 ? Pas à faire des présentations, non. Cela existait déjà : on appelait ça parler. Il a pitché tout autre chose à Gates, quelque chose de bien plus modeste, bien plus précis, et bien plus honnête. Quelque chose qui, si chacun s'en souvenait avant d'ouvrir son fichier .pptx, épargnerait à l'humanité des millions d'heures de souffrance hebdomadaire et autant de scolioses naissantes.

Vous pensez avoir la bonne réponse ? Donnez-la moi en commentaire !

Indice : ça n'a rien à voir avec une salle de réunion, encore moins avec un comité de direction, et l'inventeur s'est lui-même excusé publiquement de l'usage que l'humanité avait fait de son invention. 

À vos claviers. 

La révélation (!) demain matin !

   
   

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