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"Le blog de François Maurin" - 5 new articles
Pourquoi vous devriez porter le tee-shirt de votre groupe préféré.Pas pour afficher vos goûts. Personne n'en a Cure 😉, et c'est très bien ainsi. Mais, pour créer des conversations. Je porte régulièrement mon sublime tee-shirt bleu de Bon Iver, mon groupe favori. J'ai 60 ans, l'âge des chemises, paraît-il. Mais à chaque fois que je le porte, je croise un ou deux fans et cela ouvre à la rencontre de gens fabuleux. La musique de Bon Iver ne peut attirer que des gens fabuleux. Rassurez-vous : cela marche aussi avec Depeche Mode, Kendrick Lamar, Taylor Swift ou Ed Sheeran. « Fabuleux » est une notion relative. Bien sûr, je suis préparé. Quand je reçois ce clin d'œil complice qui signifie « j'ai vu votre tee-shirt et je suis d'accord », je m'approche. Et je déroule un petit script. « Alors, vous aimez Bon Iver, j'ai vu votre clin d'œil ! Quelle est la chanson qui vous a fait tomber dedans ? » C'est un exercice de santé mentale. Aller vers des inconnus, traverser l'inconfort, et savourer le plaisir de nouer une relation, de découvrir des horizons différents des miens. Un tee-shirt, une question, une rencontre. À une époque où les algorithmes ne nous connectent qu'à des gens virtuels et qui nous ressemblent, un tee-shirt fait mieux : il connecte à des gens du vrai monde et qui nous surprennent. Et vous, quel tee-shirt avez-vous dans votre penderie ?
Je suis tombé hier sur Vinted sur le tee-shirt et le billet du concert de Marillion à Lyon en 1985. Mon premier concert… Juste envie de partager ça avec vous. Il y a des clins d'œil qui ne s'ignorent pas !
« Mais, je plaisante ! Ne te vexe pas ! »Vous connaissez la scène. En réunion, quelqu'un vous envoie une pique. Bien sentie et devant tout le monde. Vous le prenez mal et c’est tout à fait normal. Et l'auteur de lâcher, avec un grand sourire : « Je plaisante ! Ne te vexe pas ! » Tout le monde ou presque se met à rire. Vous aussi, peut-être, pour ne pas vous exclure du groupe, pour faire bonne figure. Pourtant, ce n’est pas drôle. Quelque chose de grave vient de se passer, et personne ne moufte. Personne n’est là pour protéger la personne visée. Tout le monde minimise alors qu’il n’y a rien à minimiser. L'humour et l'humiliation commencent par les mêmes lettres. La parenté s'arrête là. L'Analyse Transactionnelle a un nom pour cette scène : une transaction à double fond. En surface, une plaisanterie : au niveau social, tout va bien. En dessous, un message est caché : je te remets à ta place, devant témoins. Le « je plaisante » n'est pas une excuse, c'est le mécanisme même. Il permet de frapper et d'interdire à l'autre de se défendre dans le même mouvement. Si vous réagissez, vous manquez d'humour. Si vous encaissez, le coup est porté. Éric Berne appelait cela un jeu. Le gain du joueur : votre silence. Comment sortir du jeu ? Pas en contre-attaquant, vous entreriez dans le jeu. La sortie : rester dans votre état Adulte, celui qui décrit les faits sans émotion et sans jugement. Trois phrases suffisent, selon votre position dans la scène : Si vous êtes visé : « Tu plaisantes peut-être. Moi, ça ne me fait pas rire. » Calme, factuel, sans agressivité. Vous ne discutez pas l'intention, vous nommez l'effet. Personne ne peut vous contester votre propre ressenti. Si vous êtes témoin : « Je ne suis pas sûr que ça ait fait rire tout le monde. » Le silence des témoins est le carburant du jeu. Une seule voix qui décrit ce qu'elle voit, et le jeu s'arrête. Si vous êtes manager : le sujet se traite à chaud, brièvement, et devant le groupe, parce que l'humiliation a eu lieu devant le groupe. « On reprend » n’est pas à la hauteur. « Cette remarque n'a pas sa place ici » suffit. Que les choses soient claires : il est possible de rire de tout, y compris devant la personne. Une blague est une blague et le restera ; le monde a besoin de ses clowns. Que quelqu'un le prenne mal ne prouve pas la faute, la susceptibilité existe aussi. Cependant la vérité se révèle souvent une seconde après la chute de la blague, dans la réponse au malaise. Celui qui plaisantait répare. Celui qui visait accuse : « Tu es trop sensible. » Alors, restez vigilant. Ne laissez pas faire et ne vous laissez pas faire. Et surtout, ne jouez pas ! RelaxationJe faisais un stage d'impro vocale. La voix, c'est mon dada et la voix, c'est le corps. Dans ce groupe magnifique, une danseuse. Le matin, je la regarde s'échauffer : elle se contorsionne, se déplie, tient des poses que je ne peux envisager qu'en rêve. C'est beau. Je m'approche, je la félicite. Elle m'invite à la rejoindre. Je décline et j'avoue : je suis raide et pas qu'un peu. Pour mille raisons, je peine à me pencher en avant, m'assoir en tailleur est un challenge et le mot Yoga provoque chez moi un réel malaise. Mon corps n'a pas accès à sa propre souplesse. Elle me dit que cela se travaille. Je connais la chanson, lui dis-je, mais jusqu'ici les fruits se font attendre. La souplesse, m'explique-t-elle, ne loge pas toujours là où je l'imagine. L'une de ses professeures de danse lui avait confié un jour que l'exercice le plus important pour rester souple n'était pas une posture, mais une visualisation : allongé, les yeux fermés, parcourir chaque muscle, chaque articulation, et les imaginer dans leur forme la plus détendue. Aucune pose absurde à tenir. Juste conscientiser, puis relâcher. Se relaxer est la clé de la perception. Se détendre, c'est se donner accès au corps et à sa sagesse.
À méditer. L'école est finie...« Tu crois qu’avec ça, j'ai tout dit ? »
Combien de fois, à la veille d'une présentation, le coach en prise de parole en public que je suis a entendu cette phrase ! Je les vois qui me récitent leurs slides avec application, comme on réviserait un oral, l'œil inquiet, à l'affût de l'oubli, de la faute, de la question qui pourrait les coincer ou les prendre au dépourvu.
La plupart des orateurs préparent leurs présentations comme ils prépareraient un examen. Persuadés qu'ils seront là pour être notés, évalués, qu'on les attend au tournant, qu'il s'agit de prouver qu'ils savent. Alors, pour se protéger, ils empilent, ils se couvrent. Ceinture et bretelles ! Ils se rassurent à l'idée de n'avoir rien oublié.
Mais une présentation n'a rien à voir avec vous, ni avec ce que vous avez à dire ou envie de dire. Elle n'a à voir qu'avec ceux qui vous écoutent, et avec ce dont ils ont besoin, eux, pour avancer. Le sujet, ce n'est jamais vous. C'est la salle.
Vous serez jugé, c'est vrai, mais pas sur ce que vous savez. Vous ne serez jugé qu’à l'aune de l'ennui que vous aurez créé ou que vous aurez su éviter. La question de Cassandre...Face à ce que les humains produisent de pire, comment se positionner, comment continuer de vivre sereinement quand tout autour de nous semble être pris d'un vertige de folie et d'absurde ?... C'est la question de Cassandre. Elle est vertigineuse. D'abord, voir ne suffit pas. C'est même parfois un fardeau supplémentaire : la lucidité sans levier produit de l'impuissance, et l'impuissance prolongée produit du cynisme, qui est une forme de capitulation intellectuelle déguisée en sophistication. Le premier danger pour "ceux qui voient", c'est de confondre la clairvoyance avec une position, alors que ce n'est qu'un point de départ. Il existe des défenses, des postures que nous pouvons adopter. La première est l'ancrage dans des communautés de pensée réelles, pas des bulles de confort idéologique, mais des espaces où la contradiction est possible et bienvenue. La résistance intellectuelle est rarement solitaire, c'est pour cela que je souligne si souvent l'importance de la maîtrise relationnelle : un ami qui pense différemment et qu'on écoute vraiment, une conversation dont on repart moins certain qu'avant de l'avoir commencée… ce sont ces espaces qui maintiennent la pensée en mouvement. La deuxième est le refus de jouer sur le terrain adverse. Les systèmes conçus pour capturer l'attention se nourrissent de notre promptitude à la réaction et au soulagement. Ne pas répondre au rythme qu'ils nous imposent est déjà un acte de souveraineté. Choisir de ne pas scroller au réveil, de ne jamais réagir à chaud, de s'informer à une source payante une fois par jour plutôt qu'en continu, d'éteindre les notifications, toutes les notifications, lire un livre ou un texte long jusqu'au bout, autant d'actes minuscules qui font de nous des résistants au système. La troisième nous vient des Stoïciens : la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas, non pas pour se désengager, mais pour concentrer l'énergie là où elle a une prise réelle. L'action incarnée contre la posture globale et impuissante : aider un voisin, une association, donner de son temps à l'école du quartier, mentorer un jeune collègue. Dans un système qui monétise l'anxiété et fragmente l'attention, cultiver une vie intérieure dense, une pensée lente, une présence réelle aux autres, c'est en soi une forme de résistance. Rien de spectaculaire. Mais durable. Ces trois défenses ont quelque chose en commun : elles demandent toutes un moment d'arrêt avant de pouvoir s'enclencher. On ne choisit pas son groupe, son rythme ou son périmètre d'action dans l'urgence. Il faut d'abord s'en extraire. Il faut d'abord accepter de se taire. C'est précisément là que tout commence et que tout résiste. C'est ce que j'évoquais dans mon dernier post. More Recent Articles |