Regardez ce qui se cache derrière le désir de vivre vieux et c'est rarement l'amour de la vie, mais presque toujours la peur de la perdre. Un père parti trop tôt, un bilan sanguin qui tarde, un ami de votre âge qui s'effondre un dimanche matin : et ...
‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ 

Click here to read this mailing online.

Your email updates, powered by FeedBlitz

 
Here is a sample subscription for you. Click here to start your FREE subscription


"Le blog de François Maurin" - 5 new articles

  1. Tout pour vivre plus vieux...
  2. Ne pas se mettre sur la défensive...
  3. Traduisez : non.
  4. Commencez par eux !
  5. Troubles de l'attention...
  6. More Recent Articles

Tout pour vivre plus vieux...

Regardez ce qui se cache derrière le désir de vivre vieux et c'est rarement l'amour de la vie, mais presque toujours la peur de la perdre. Un père parti trop tôt, un bilan sanguin qui tarde, un ami de votre âge qui s'effondre un dimanche matin : et voilà installée une vigilance qui ne s'éteint plus. Le désir de longévité est un deuil anticipé qui a pris les habits de la performance.

Le corps, lui, ne fait pas la différence entre une menace et la représentation d'une menace. L'amygdale s'allume aussi bien devant un prédateur que devant une pensée. Elle alerte l'hypothalamus, qui alerte l'hypophyse, qui alerte les surrénales, et le cortisol se répand. C'est un mécanisme somptueux, taillé pour trente secondes de course ou de combat. Il n'a jamais été conçu pour tenir trente ans. Maintenu en fond de tâche, il désorganise le sommeil, entretient l'inflammation de bas grade, dérègle la sensibilité à l'insuline, use l'hippocampe. Elissa Epel et Elizabeth Blackburn ont même montré que le stress chronique accélère l'érosion des télomères, ces capuchons qui protègent nos chromosomes. Blackburn a reçu le Nobel pour ses travaux sur la télomérase. Autrement dit : la peur de vieillir mal grave sa propre signature dans l'ADN.

L'ironie est parfaite. L'industrie de la longévité vend de la vigilance, et la vigilance est précisément ce qui abîme. Les chercheurs ont déjà donné un nom à cette absurdité : l'orthosomnie, ce trouble décrit en 2017 chez des patients que la poursuite du sommeil parfait empêchait de dormir. Leur bracelet leur annonçait chaque matin une mauvaise nuit, l'annonce créait l'anxiété, l'anxiété créait la mauvaise nuit suivante. La mesure fabriquait ce qu'elle prétendait corriger.

Alors ceux qui vivent très vieux, que font-ils ? Les fameuses zones de longévité sont brandies partout, souvent avec des chiffres fragiles. Ce qui survit aux critiques est justement la part la moins mesurable : ces gens-là n'ont jamais cherché à devenir centenaires. Ils marchaient parce que le village était en pente, mangeaient ce que la saison donnait, dînaient avec les mêmes voisins depuis soixante ans. Aucune intention, aucun protocole. Un accord avec l'environnement.

C'est peut-être là que se joue le renversement. Votre organisme dispose d'un système d'information d'une finesse inouïe : l'interoception, cette perception continue de l'état interne qu'Antonio Damasio place à la racine même de la conscience. Il vous dit quand manger, quand vous arrêter, quand la fatigue est réelle et quand elle est une humeur. Encore faut-il que quelqu'un écoute. Un mental occupé à surveiller des courbes n'entend plus le corps qui parle en dessous.

Je reconnais ce mécanisme, parce que je l'ai rencontré ailleurs. Au théâtre, l'acteur qui veut être ému ne l'est jamais. Celui qui veut être drôle vide la salle. L'émotion n'arrive qu'à celui qui a cessé de la viser pour s'occuper entièrement de son partenaire. L'intention détruit ce qu'elle vise. La longévité obéit à la même loi que le trac : elle cède devant l'attention portée à autre chose.

Entendons-nous : renoncer à vouloir vivre vieux n'est pas renoncer à prendre soin de soi. La différence n'est pas dans les gestes, elle est dans leur origine. Marcher parce que marcher est bon, ou marcher pour repousser une échéance. Dîner avec des amis, ou cocher la case du lien social. Les mêmes actes, portés par la peur, deviennent une charge de plus dans un organisme déjà en alerte. Portés par le goût ou le plaisir, ils réparent.

Une piste, pour ceux que la mesure démange : plutôt que de traquer votre âge biologique, essayez l'inverse pendant un mois. Retirez le bracelet. Chaque soir, une seule question, sans chiffre : de quoi mon corps avait-il besoin aujourd'hui, et l'ai-je entendu ? Vous serez surpris de la précision des réponses quand plus aucun appareil ne parle à sa place.

Libéré de la pression de durer, il vous reste quelque chose d'infiniment plus rare : le temps présent, qui est le seul dont vous disposiez réellement.

La longévité n'est pas un objectif. C'est un effet secondaire.

   
   

Ne pas se mettre sur la défensive...

Il y a quelques jours, j'ai reçu un message qui m'a fait mal.

Rien de dramatique, vraiment. Quelques phrases suffisamment bien placées pour appuyer là où il fallait pour que je ne puisse rester indifférent. 

J'ai eu envie de répondre. De me défendre. Tout de suite, j'avais les arguments, je savais ce qui était faux, injuste, exagéré, et je disposais même de quelques piques qui auraient fait mouche à leur tour. J'avais raison. Enfin… j'avais mes raisons.

Je n'ai rien fait. 

J'ai attendu.

Quand nous nous sentons attaqués, nous croyons nous défendre contre des paroles injustes. Je n'en suis plus si sûr. Nous nous défendons peut-être d'abord contre ce que ces paroles provoquent en nous : une blessure, de la colère, parfois de la honte, ou cette sensation désagréable que l'autre vient de toucher quelque chose qui n'est pas entièrement faux. Alors nous argumentons. « Ce n'est pas vrai. » « Tu exagères. » Nous appelons cela nous défendre. Le problème, c'est qu'en face, ce n’est pas reçu comme une défense : votre interlocuteur y entend lui aussi une attaque. La danse commence. Eric Bern dirait « le jeu ».


Longtemps j'ai cru qu'il n'existait que deux possibilités : répondre ou se taire. Il en existe une troisième : attendre. Ne pas répondre à chaud ne revient pas à nier ce que vous ressentez, c'est presque l'inverse. La colère est là, la blessure aussi, l'envie de rendre le coup également. Vous pouvez laisser l'émotion exister sans lui donner le clavier. Quelques heures plus tard, ce qui semblait indispensable à dire ne l'est souvent plus du tout.

Reste alors une question bien plus intéressante : dans ce qui vient de m'être dit, qu'est-ce qui est vrai ? Ce n'est pas « est-ce qu'il a raison ? ». Quelqu'un peut être injuste dans sa manière de vous parler et toucher juste. Il peut vous prêter des intentions qui ne sont pas les vôtres et vous montrer malgré tout l'effet réel de vos paroles. Reconnaître cette part-là procure une liberté extraordinaire.


Pour qu'une accusation blesse vraiment, il faut souvent qu'elle rencontre en nous quelque chose qui demande encore à être défendu. Prétentieux ? Je l'ai sans doute été. Égoïste ? Probablement. Incohérent ? Bienvenue dans l'espèce humaine. Si je dois absolument prouver le contraire, le premier qui m'en accuse dispose de ma paix intérieure ! Je deviens sa marionnette. 


La non-défensive n'est pas la soumission. Vous pouvez dire « ça, je l'entends », puis « ça, en revanche, je ne l'accepte pas ». Vous pouvez vous excuser sans vous accuser, poser une limite sans punir. Peut-être est-ce cela, être adulte dans une conversation : ne pas avoir besoin de transformer l'autre en coupable pour rester innocent.


Il existe une très belle image taoïste : si une épée vous attaque, soyez l'océan. Une épée peut être affûtée. Elle ne peut pas blesser l'océan.


J'ai attendu. Refusé de réagir. Pris ma part. Trouvé les mots. J’ai répondu.


« Response able »


Responsable.

   
   

Traduisez : non.

Nous avons tous peur d'être rejetés, et rien là-dedans n'est honteux : nous sommes programmés pour appartenir à un collectif. Pendant des dizaines de milliers d'années, être écarté du groupe ne signifiait pas une vexation, cela signifiait la fin. Le cerveau a gardé ce réflexe. Alors, quand vous répondez à un appel d'offres, quand vous postulez à une offre d'emploi, vous ne demandez pas seulement un contrat ou un poste... vous demandez à appartenir. Lorsque le refus arrive, comme c'est le cas le plus souvent, il fait suffisamment mal pour vous réveiller à trois heures du matin.

Vous cherchez alors à comprendre. Comprendre pour mieux digérer, pour encaisser. L'intention est saine, mais cela ne vous mènera nulle part. Une lettre de refus n'est pas un compte rendu, c'est un geste diplomatique : celui qui l'écrit n'a ni le temps, ni le mandat, ni souvent la vraie raison de ce refus. « Un profil davantage en adéquation avec nos enjeux »... « une approche plus proche de notre culture »... Traduisez : Non. Vous n'avez pas été choisi parce que vous n'avez pas été choisi.

J'ai appris cela en casting bien avant de l'apprendre en entreprise. Un comédien n'obtient jamais d'explication, et quand il en obtient une, elle est souvent absurde : trop grand à côté du premier rôle féminin, une couleur de cheveux, une vague ressemblance avec le fils cadet du producteur. Le rôle vous échappe, votre travail reste intact.

Le piège est là : un refus sans explication laisse un vide, et vous le remplissez avec ce que vous avez de pire sous la main. Cherchez vos retours ailleurs, chez ceux qui ont un intérêt réel à votre progression. Jamais chez celui qui vient de vous éconduire.

Un refus n'est pas une évaluation. C'est une orientation. 

   
   

Commencez par eux !

Je suis gourmand.

Comme tous les gourmands, j'ai mes petits plats préférés. Les spaghettis alla carbonara, par exemple. Ou la soupe Tom Kha Kai !

Autre de mes hobbies : la pêche.

Lorsque je vais à la pêche, je ne me pose pas de questions. Pour attraper un beau poisson, je mets au bout de ma ligne un peu de ce que j'aime le plus… Un peu de spaghettis, un peu de riz, un peu de poulet.

Et ça ne marche pas.

Pourquoi ?

J'ai une idée : les poissons n'aiment pas ce que j'aime. Les poissons n'ont que faire de mes spaghettis. Ce qu'ils veulent, ce sont des vers, luisants et charnus.

Le fait que je n'aime pas les vers ne change rien à l'équation. Si je veux attraper du poisson, je dois mettre au bout de ma ligne quelque chose que le poisson apprécie.

Et c'est exactement la même chose avec vos auditoires.

Vos présentations, la plupart du temps, c'est vous en train de parler de ce dont vous pensez devoir parler, de la façon qui vous satisfait le plus, comme vous aimeriez que ce sujet vous soit présenté à vous.

Et ça ne marche pas.

Parce que vous ne partez pas de votre auditoire pour préparer votre présentation. Et parce que votre auditoire n'a que faire de ce que vous avez à vous dire à vous-même.

Pour réussir vos présentations et toutes vos prises de parole, ne présentez pas à vous-même : demandez-vous d'abord ce que ceux qui vous écoutent ont besoin d'entendre, et ce qui leur sera utile.

Donnez-leur les vers qu'ils espèrent.

   
   

Troubles de l'attention...

Vous en êtes atteint. Je suis atteint. Nous sommes tous atteints !

Pas parce que nous sommes malades, mais parce que nous luttons contre plus fort que nous.

L'algorithme nous tient. Il nous tient parce qu'il sait comment fonctionne un être humain et ce dont cet être humain croit avoir besoin. Des millions d'années d'évolution nous rendent totalement transparents à qui sait où regarder, et les sociétés américaines et chinoises que sont Meta, TikTok, Google, Apple et Amazon savent où regarder : leur survie en dépend…

Ils nous tiennent.

Ils tiennent aussi nos enfants, qui ne savent plus regarder un film en entier ni lire un texte long. Ils accélèrent les images, et croient avoir vu une œuvre parce qu'ils en ont recollé les fragments découpés par d'autres, des fragments taillés en toute impunité dans des films qui ne devraient pas pouvoir être vus autrement que dans leur totalité.

Ils nous tiennent, et ils tiennent notre attention.

Nous ne sommes pas malades. Nous avons juste besoin de nous souvenir de qui nous sommes et de ce dont nous avons vraiment besoin. Du temps, de l'oubli, du vagabondage mental, de l'ennui. Rien de confortable, mais tellement nécessaire.

Et pourtant, personne ne reprendra cette main à notre place.

Alors commencez petit.

Vous n'arrivez plus à lire ? Donnez-vous pour objectif de lire dix secondes par jour.

Oui, dix secondes.

C'est un objectif à ce point court qu'il en devient ridiculement facile à atteindre. Une fois que vous serez installé pour lire dix secondes, il est probable que vous en viendrez à lire une minute supplémentaire, voire plus…

Recommencez le jour d'après, et celui d'après…

Nous devons reprendre à ces sociétés prédatrices notre temps, notre attention, notre vie.

Sinon, ils pourraient bien les garder.


   
   

More Recent Articles